Les fées de la prairie du canal

Publié par sandrine saule le

Second voyage en Seine-Saint-Denis à la ferme urbaine de la SAUGE pour prendre livraison de la deuxième vague de plants qui ont grandit dans les pépinières de la prairie du Canal.

Cette fois-ci, le soleil est de la partie et Svend nous régale de ses photos. Floriane, Jade et Alice, les fées de la prairie, nous ont fait le récit de leurs aventures avec la Sauge.

Un point commun entre ces trois jeunes femmes : elles sont venues à la prairie du Canal pour un stage lié à leurs études, les liens se sont tissés et elles se sont attachées.  Alice a découvert le lieu l’an dernier pour un stage de fin de licence « information et communication ». Elle est aujourd’hui la coloc de Jade et elle vient régulièrement donner un coup de main à la pépinière. Jade est pépiniériste et à 25 ans elle fait figure d’ancienne à la ferme, qu’elle a rejointe après sa formation à AgroParisTech. Floriane la tourangelle a rencontré la SAUGE pour son stage de fin d’études, après un master « sécurité alimentaire et environnementale » et un mémoire sur l’agriculture urbaine, et il y est restée.

Ces trois parcours universitaires très différents qui aujourd’hui œuvrent ensemble dans la pépinière révèlent une des caractéristiques de l’équipe de la Sauge, qui mêlent pour moitié des agronomes et des personnes issues de formation générale et où la parité est de mise. Le développement de l’agriculture urbaine est tellement récent que la SAUGE, créée en 2014, y fait figure de vétérane. Actrice importante du secteur sur Paris, elle noue des relations étroites avec d’autres, en particulier Veni Verdi, qui a également choisi une démarche à la fois pédagogique et sociale.

Jade la pépiniériste gère toute la production de la pépinière de la prairie du canal ; elle teste de nouvelles variétés, expérimente des modes de production innovants et accueille des bénévoles, des étudiant.e.s et des professionnel.les en reconversion ou en questionnement. A la Fée, on pratique le troc savoirs contre travail. Jade vit au rythme des saisons : comme les serres ne sont pas chauffées, la production s’étale sur une moitié d’année, semis mi-février, début des ventes mi-avril et fin de production début octobre. Pas de place dans la prairie pour faire ses propres semences, elles sont achetées chez Germinance semencier paysan et biodynamique. L’hiver n’est pourtant pas chômé : elle profite du repos de la végétation pour participer aux travaux sur les infrastructures (entretien et nouvelles constructions), pour envisager de possibles améliorations techniques et pour résoudre les questions agronomiques qui se sont posées pendant la saison de production, les variétés qui n’ont pas fonctionné par exemple. L’hiver, c’est aussi le temps du marketing et du démarchage commercial, notamment en direction des AMAP.

Depuis deux ans, Floriane est cheffe de projet en charge de l’animation de la ferme urbaine de Bobigny installée sur une friche industrielle ; elle pilote également le projet de la ferme urbaine Terre Terre qui verra le jour prochainement dans la plaine du Landy, à Aubervilliers. La SAUGE a en effet été lauréate d’un appel à projet des Pariculteurs sur ce terrain qui appartient au département de la Seine-Saint-Denis et qui va permettre d’implanter une ferme plus pérenne que celle de Bobigny, dont le bail d’un an est renouvelé tous les ans depuis 2017*.

Elle est arrivée à Bobigny au moment de la mise en place d’une véritable programmation culturelle : tous les mois, un événement musical est organisé dans la prairie tandis qu’un autre week-end est consacré à une grande vente de plantes ; au cours du troisième week-end se tient une formation en agriculture urbaine payante et le dernier week-end est réservé aux animations extérieures, comme le festival Inspirations végétales à Montrouge. Aux week-ends succèdent les semaines, bien remplies également puisque Floriane coordonne un programme éducatif sur le jardinage durable et la biodiversité dans des écoles primaires de Pantin et Bobigny**. Des enseignant.e.s volontaires accueillent en classe des animateurs/trices de la SAUGE une heure et demie toutes les deux semaines et les interventions s’articulent avec les programmes des CE2, CM1 et CM2 impliqués. La gratuité de ces ateliers est assurée par le financement via des subventions (SYCTOM, BNP-Paribas, Timberland..), dont la recherche chronophage est un des aspects du métier de Floriane.

Le dernier volet de son activité est l’animation de jardins partagés. S’il s’est avéré difficile de faire venir les habitant.e.s dans la prairie du Canal (cloisonnement des quartiers, environnement peu attractif, relatif enclavement de la prairie du Canal), la SAUGE n’a pas hésité à faire le chemin vers les habitant.e.s. Mandatée par une société d’économie mixte, la SeMeCo, qui gère et entretient les dalles du centre-ville de Bobigny, elle s’occupe de quatre jardins partagés en pied d’immeuble.

L’idée n’est pas de se rendre indispensable mais au contraire d’accompagner les habitant.e.s vers l’autonomie en matière de jardinage durable. D’où la création de kit pédagogique pour les enseignants, des ateliers de concertation et des animations/formations pour les jardiniers des immeubles balbyniens. Si la durée de ce tutorat est estimée à 5 ans, Floriane constate que certains jardins sont déjà prêts à l’indépendance au bout de 3 ans.

La crise du coronavirus a modifié l’emploi du temps de Floriane, puisqu’elle se consacre principalement ces dernières semaines à la production. Les salarié.e.s de la SAUGE, resté.e.s à Paris, ont continué la production et le confinement leur ont permis de développer des produits et de nouvelles relations avec les professionnels, de mettre en route la vente en ligne avec les particuliers (d’autant que les conditions de livraison étaient idéales en ces temps de circulation très réduite) et de peaufiner un plan de communication qui tient la route. Alice, aujourd’hui en master de Géopolitique de l’art et de la culture à la Sorbonne et confinée avec Jade, a continué à aider en salopette bleue.

Les trois fées, qui viennent toutes d’ailleurs, apprécient l’énergie et les possibles de la Seine-Saint-Denis, un département souvent réduit dans les médias à sa triste médaille de « département le plus pauvre de France ». Ici, les besoins sont énormes mais des pouvoirs publics particulièrement engagés accompagnent les initiatives citoyennes qui y fleurissent.  

Toutes les photographies, à l’exception du portrait de Jade, ont été réalisées par © Svend Andersen

* Appel à projet Temp’o Est Ensemble et convention avec l’aménageur Séquano. La friche a été revendue récemment au promoteur immobilier Nodi.

**Ecole Sadi Carnot à Pantin et écoles Vaillant et Varlin à Bobigny.


sandrine saule

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Baleinette de la première heure, engagée et amie de la bonne humeur et de l'humour

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